05 octobre 2008
Pays d'écriture
Mon pays s'arrime aux rives de l'inconscient
Il est territoire et
monde à la fois
Une langue de terre
tournée vers l’intérieur
Il existe, à moi de
le savoir
Je le visite quand je
suis seule, le soir
Du connu vers
l’inconnu je pose mes pas
Les mots me sont
repères, lanternes, lumignons
De lettre à l’être je
trace ma route
Je jalonne, façonne,
mes mains sont outils
Mes yeux miradors, je
veille sur l’oubli
Indolente, je caresse
mes lignes d’envie
Impatiente, j’affole
les signes de vie
Images émues qui jaillissent
Et remuent mes
entrailles
Images ténues que je
garde
Et rappelle au bord
des cils
En pays d’écriture
j’accomplis un voyage
Un si long, si lent,
si beau voyage
Au pays de l’écrit,
je m’enfuis, je crie, je vis
D’écrire je me
rassemble, je me ressemble
Fabienne
11.08.08
01 octobre 2008
C'est la rentrée !
Aujourd'hui, c'est la rentrée de l'atelier d'écriture, rentrée à laquelle je n'assisterai pas ( j'assure le service d'un buffet cocktail pour un client)
Ce soir, à six heures, mes camarades de plumes se retrouveront autour de la table, ils sortiront cahiers, carnets et stylo, écouteront attentivement la proposition d'écriture de Patricia, certains poseront une question, feront un petit commentaire humoristique, Patricia donnera le temps d'écriture, quelques chuchotements encore, des froissements de pages et bientôt seul le grattement des plumes sur le papier sera audible....
L’atelier commençait à six heures
Moi qui avait hésité
à venir frotter mon écriture à celle des autres,
Ces autres allaient
devenir au fil du temps des camarades de plumes.
Plumes bavardes,
plumes sensibles, plumes exaltées, plumes en folie.
Folie d’écrire
Raison
bousculée par la consigne,
aller
à la pêche aux mots dans la vase de nos entrailles,
Ne
jamais finir d’écrire, de laisser sortir ce jus sombre et surprenant.
Et toujours recommencer
Revenir au
rendez-vous du mercredi,
Ressortir le cahier,
Choisir le stylo et
attendre.
Attendre la
proposition qui va venir,
soigneusement
préparée,
soigneusement mijotée
par l’animatrice.
Plaisir d’écrire
Impatient
d’en finir et de pouvoir lire,
faire
passer l’émotion que l’on a voulu traduire,
surprendre
un regard, un sourire,
partager
tous ces mots fraîchement écrits.
Refermer
ranger
la tripaille dans le ventre allégé,
clore
la bataille contre soi même menée.
Mener
son cœur au repos, il l’a bien mérité,
jusqu’à
la prochaine séance d’atelier.
Ce mercredi, à six heures, je serai loin de l'atelier...mais mercredi prochain, c'est sûr, j'y serai...
avec ce beau cahier !!!
27 septembre 2008
Export
Coucou, vous me croyez ici ...
et non,
je suis là ...
Habitués de mon blog, c'est un texte que vous connaissez déjà,
mais allez donc faire un tour sur les textes des autres auteurs,
vous y trouverez des choses
étonnantes,
amusantes,
émouvantes....
souvenirs d'été

Perles de mûres
Tâches noires sur les doigts
Pots de confitures
23 septembre 2008
La fenêtre ouverte
Matisse : "la fenêtre ouverte " 1905
Je voudrais peindre ce que je vois de ma fenêtre ouverte,
celle de ma chambre qui est au premier étage, parce que du rez-de-chaussée on
ne voit rien que les murs gris de l’épicerie. Mais au premier, de ma chambre,
on voit déjà la mer.
C’est une fenêtre ordinaire, à deux battants, surmontée
d’une partie fixe comportant deux carreaux. Les deux battants sont de la taille
d’un homme, c’est ce qu’on appelle, je crois, une porte-fenêtre. Lorsqu’on
ouvre cette porte-fenêtre, il y a comme un espace entre le cadre et la
balustrade. Ce n’est pas une terrasse, à peine la place de poser deux ou trois
pots de fleurs bien garnis, dont une plante grimpante au feuillage clair. Elle
s’est appropriée le pourtour de l’encadrement, comme un feston végétal
soulignant la vue. Cette vue, justement, a de quoi contenter l’observateur le
plus réticent. Dans ce cadre de verdure délicatement agité par la brise, on
embrasse du regard un morceau de la crique où sont amarrés de petits voiliers
multicolores. Selon l’heure du jour à laquelle on ouvre la fenêtre, les
couleurs sont vives et brûlantes ou bien douces et apaisantes.
C’est au milieu de la matinée que je préfère poser les yeux sur ce tableau charmant. L’estomac content d’avoir avalé deux bols de café au pain trempé, j’aime cette heure où je remonte d’un pas lent à ma chambre, sûr d’y trouver ma femme tapotant les draps en chantonnant. Elle s’affaire, met de l’ordre, dépoussière et, pour ne pas trop gêner, je me plante devant la fenêtre ouverte. Je pourrais attendre, en bas, qu’elle ait terminé. Mais j’aime ces quelques instants ordinaires, moi, devant ma fenêtre ouverte, à humer le temps qu’il fait, la lumière qui passe, elle, dans mon dos, légère, d’une gaieté sincère, fredonnant un air du pays. Pour finir, nous échangeons trois mots sur le fil de la journée, que mangerons-nous à midi, puis elle me quitte, joue tendue pour un baiser, une autre chambre à faire, un enfant à baigner.
Je voudrais rendre, si je savais y faire, la quiétude de
ces matins-là, le doux balancement des mâts, l’ondulation exquise de l’eau, les
corolles soyeuses d’une plante dont j’ignore le nom mais qui frémit timidement
quand l’effleure le souffle léger du vent.
Sur une toile blanche je poserai du
bleu, du vert, beaucoup de rose, du pâle, du foncé et de l’orangé, aussi, qui
vibre dans la lumière du soleil. De ces couleurs qui n’existent vraiment que
dans l’air de ces heures-là, dans la brume matinale qui brouille l’horizon,
dans le bruissement de la chaleur à venir, comme une vibration immobile que
devine l’œil, un infime tremblement de l’image qui n’existe pas, que l’on ne
peut nommer, à peine le sentir, au bord des paupières, une impression.
Fabienne juin 2008
19 septembre 2008
Les yeux de sa mère
Une histoire jolie, pour faire oublier le colis de Marcelline...

Les yeux de sa mère,
la bouche de son père,
les jambes de sa grand-mère,
les mains de tante Marie,
les joues pleines de l’oncle Rémi…
Depuis
longtemps, Sabine s’est habituée à ce phénomène un peu magique qui se reproduit
chaque jour sans exception. Elle se couche le soir, avec l’impression de tomber
dans un monde inconnu dès qu’elle ferme les yeux. Elle s’endort et se perd dans
l’univers mystérieux des rêves. Là où les visages s’effacent, les voix
s’envolent, les murs tombent. Là où la loi s’enfuit d’elle -même, le loup
réfléchit et parle à l’oiseau, la mer se démonte et s’emporte. Au pays des
songes, Sabine se dissémine, s’éparpille, s’amenuise bien au-delà du possible.
Elle sait qu’il ne faut pas résister, plutôt se laisser porter pour ne rien
contrarier. Au matin commence alors le lent travail de rassemblement, de
reconstruction.
la bouche de son père,
les jambes de sa grand- mère,
les mains de tante Marie,
les joues pleines de l’oncle Rémi…
Sabine ouvre les yeux et se voit toute entière, toute neuve, réunie en elle-même. Elle se lève, joyeuse de ce jour qui s’offre au soleil.
Mais ce soir Sabine se couche inquiète. L’incertitude qui la travaille prend le pas sur le chagrin de cette journée particulière. Grand -mère est morte. Serrant fort la main de ses parents, Sabine a accompagné de son mieux le déroulement des rites funéraires. Sans poser trop de question, elle a suivi le mouvement des silhouettes noires, scruté les larmes sur les visages, guetté les sanglots dans les voix. De la longue boite en bois blanc, cachée sous les fleurs, elle se souvient un peu.
Mais ce soir vient le moment du coucher et le doute gagne Sabine. Si elle s’endort ce soir, comme les autres soirs, qui peut lui assurer que la magie va se répéter au matin, comme chaque matin ? Sa grand-mère n’est plus là, Sabine l’a bien compris en écoutant les voix autour d’elle aujourd’hui « Elle est partie sans trop souffrir » « C’est une belle mort après une belle vie »
Mais pour les jambes ? Comment être sûre qu’elles seront là, demain matin, au lever du jour ? Quand la fin de la nuit fermera les portes du sommeil, Sabine se réveillera-t-elle toute entière et toute neuve ? Et si les jambes venaient à manquer ? Si plus jamais elle ne pouvait poser un pied au sol pour se lever ? Dans son lit, Sabine s’attriste et ses yeux se mouillent de pluie chagrine. C’est terrible cette incertitude qui se distille au fond de son cœur. Elle n’est plus sûre de vouloir se réveiller demain matin. A la peine de ne plus voir sa grand-mère s’ajoute ce doute insidieux de ne plus se retrouver elle-même. Sabine s’agite, se retourne, cherchant à chasser le sommeil qui la guette.
Sa mère entend le bruissement des draps qui n’en finit pas. Elle s’approche et le murmure de ses mots caresse Sabine comme le plus doux des velours. Plus rien n’est grave dans les bras d’une maman. Sabine se rassure, le sommeil se rapproche. Demain, peut-être, les jambes ne seront plus là, mais il lui restera les yeux de sa mère, pour le plaisir de voir le soleil taquiner les ombres du jardin, la bouche de son père pour le plaisir de rire aux éclats, les mains de tante Marie pour caresser le chat, et…
Sabine se glisse par la porte entrouverte du royaume de la nuit. Elle se perd, s’éparpille, s’amenuise au-delà du possible et peut-être plus loin encore. Et au matin, comme chaque matin, le lent mouvement magique et fidèle se reproduit. Sabine ouvre les yeux et se voit là, toute entière, toute neuve
Les yeux de sa mère,
la bouche de son père,
les mains de tante Marie,
les joues pleines de l’oncle Rémi…
…Et les jambes de sa grand-mère.
Sabine est soulagée de se sentir réunie. Fragment après fragment, chaque morceau est à sa place, sa bonne place, et Sabine se lève, joyeuse de ce jour qui s’offre au soleil.
Fabienne mars 2008
16 septembre 2008
Destination passion
Petit exercice proposé par "les défis du samedi",
auxquels je participe avec plaisir ... quand le temps est mon ami
On m’a souvent demandé, de tous mes voyages, lequel j’ai préféré
Le seul qui ait compté est un voyage immobile, un voyage secret
A l’appel du désir mon cœur s’en est allé
Sans apprêts, sans
bagages, il a juste embarqué
Un geste, une parole, bouleversement des sens
Un rêve à tenir, une frontière à franchir
Un pas capital qui
jusqu’à elle m’a conduit
J’ai mené la nef de mes envies
Lumière inédite d’un regard sans limite
Géographie insolite sur une peau inscrite
Sans regret, sans dommage, il a juste succombé
Fabienne 12 /09/ 2008
14 septembre 2008
Un colis pour Marcelline
Comment naissent dans votre tête les histoires?
Un souvenir, une image, un article de journal? Où trouvez vous votre inspiration?
Je parle là bien sûr de fiction, de romanesque. Tout en sachant que l'on invente rien, on transforme juste la réalité.
Je me passionne pour la genèse de l'oeuvre des écrivains. J'aime lire les biographies ou les témoignages de ces illustres modèles pour comprendre le pourquoi de tel roman.
Pour le texte qui suit, le point de départ a été un petit délire inoffensif entre ma collègue et moi sur l'une de nos clientes...

Ça s’est joué à quelques minutes. Quinze, vingt minutes peut-être. Et à cause du facteur en plus !
Marcelline avait la cuillère à
la main quand le carillon de la porte d’entrée a retenti. Les chiens
s’agitaient depuis déjà un moment, excités par le fumet de la gamelle qui mijotait.
Marcelline a posé la cuillère et fermé la porte de la cuisine pour étouffer les
aboiements assourdissants. Puis, tout en s’essuyant les mains sur sa blouse,
elle a trotté de son pas menu vers la porte.
Derrière le verre dépoli elle
avait déjà reconnu le facteur, silhouette sombre et casquette à visière. Un
colis pour Marcelline ! Elle ouvre la porte avec un grand sourire, salue
Francis, le titulaire de la tournée, et lorgne le paquet d’un œil gourmand.
Peut-être le colis de fin d’année que le maire offre aux personnes âgées de la
commune ? Des chocolats, de la liqueur, du pâté ! Marcelline signe le
reçu tandis que Francis la taquine. Est-ce que ce n’est pas plutôt de la
lingerie affriolante ?
Dans la cuisine les chiens
manifestent leur impatience. Marcelline fait la sourde oreille, s’accordant le
plaisir de bavarder avec Francis. Des nouvelles du fils aîné, une recette pour
sa femme, le point sur la météo capricieuse. Le facteur s’inquiète à son tour
de la vieille dame. Les chiens ne la fatiguent pas trop ? C’est bien
demain que doit rentrer leur maître, après une semaine de vacances ? Ce
sont de braves bêtes. Bien sûr, il leur faudrait un peu plus d’exercice.
Bon,
il est temps de reprendre la tournée. Marcelline remercie le garçon pour sa
gentillesse, referme la porte et dépose avec regret le colis sur la console de
l’entrée Les chiens braillent toujours dans la cuisine. « C’est
l’heure ! Qu’est-ce que tu fais ? »
C’est au moment d’ouvrir la porte que le malaise est survenu. Sans un cri, Marcelline s’est effondrée, pauvre poupée de chiffon abandonnée. Sur la fonte du radiateur, sa tête a cogné avec un bruit sec. Hugo, le plus jeune des boxers, a piaillé quand il a reçu le bras de la vieille dame sur le museau. Mais c’est Doxo, son père, qui s’est approché le premier en reniflant.
Et voilà ! Si Francis avait commencé sa tournée par le bas du village, les chiens auraient mangé. A vingt minutes près, l’estomac plein, ils n’auraient pas senti le sang qui coulait de la tempe de Marcelline sur le carrelage.
fabienne 30.08.08
10 septembre 2008
L'oeil des tournesols
Texte écrit pour
« les impromptus littéraires », juste un incipit, et vogue l’imaginaire !
Mais je n'ai pas eu le temps de le poster...à temps pour participer sur le site !!!
J'espère que monsieur ou madame "Impromptus" ne m'en voudront pas de le poster quand même ici, sur le chantier.

Elle avait apporté
des tournesols
Des tournesols dans
un vase bleu
Bleu comme le ciel ce
matin là
Là, sur ce pays
oublié des regards
Histoire d’amour ne
dure toujours
Toujours ou jamais, à
prendre ou à laisser
Laisser cette fille
là, je ne pouvais pas
Pas avant de lire
dans l’eau pure de ses yeux
Aux rives de son cœur
j’aborderai ce soir
Ce soir si nos désirs
se rencontrent
Se rencontrent sous
l’œil clos des tournesols
Des tournesols dans
le vase bleu
08 septembre 2008
Premières vacances
Dernier message dans la série "souvenir de vacances".
Un petit texte écrit à la terrasse du Touring, à Hossegor,
un matin que je m'étais échappée, en solitaire,
pour une petite pause café-stylo comme je les aime!!!
Ce
sont leurs premières vraies vacances. Des vacances de touristes, comme tout le
monde. Pas de retour au pays cette année. Le médecin a interdit les longs
trajets en voiture. Trente ans de ménage, les reins de Maria n’en peuvent plus.
Elle
a dit « on pourrait partir une semaine. Le
gendre de madame Rodriguez , il a acheté un studio sur la côte, il loue pour
l’été, on peut l’avoir »
Luis
a dit oui très vite, Maria n’en revenait pas. Pour une fois, la voiture était
presque vide. A deux pour huit jours, on part tout léger.
Bien sûr ici la vie
est chère, mais ils n’ont pas besoin de grand chose. Ils vont au marché, le
matin, un peu plus tard chaque jour.
La plage, non. Plutôt la promenade au bord
du lac salé, pantalon retroussé, les pieds dans l’eau. Luis guette le dos
argenté des poissons, Maria cueille des coquillages dans le creux de sa main.
Elle oublie toujours de prendre un sac. Mais elle n’a pas oublié d’envoyer une
carte postale à sa fille, dès le second jour.
Un
soir, ils iront prendre l’apéritif à la terrasse du grand café, celui qui est
au carrefour, avec des gens qui parlent toutes les langues. Ils iront, c’est
sûr. Avant de rentrer.
Hossegor juillet 2007
Rentrer, rentrée, vous avez dit rentrée?
Les vacances, c'est fini...jusqu'à la prochaine fois!

